Si vous le souhaitez vous pouvez écouter ce récit sous forme de podcast :

ou plonger dans la lecture tout en vous laissant transporter par une bande sonore :

Les lumières se tamisent sous la Khaima, les franges de ma couronne Berbère s’essoufflent dans un tintement et les musiciens sourient aux derniers invités. Depuis longtemps la Rossa (la mariée) s’est éclipsée dans sa nouvelle maison, nous laissant seuls profiter des réjouissances de sa fête. Penseuse, les voiles des femmes et le rythme du Bindir (talount) enveloppent ma rêverie et me font revivre ces moments intenses.

Tout a commencé 2 jours auparavant dans les montagnes arides de Tislan, au coeur du Souss Massa. A moitié dissimulée derrière des caftans et bijoux prêtés pour l’occasion, j’ai tenté de me faufiler et vivre les grands événements de ce mariage traditionnel Chleuh. Epaulée par Azma et Kaotar, je vous raconte aujourd’hui les quelques détails enivrants que j’ai pu vivre et récolter.

Les lumières se tamisent sous la Khaima, les franges de ma couronne Berbère s’essoufflent dans un tintement et les musiciens sourient aux derniers invités. Depuis longtemps la Rossa (la mariée) s’est éclipsée dans sa nouvelle maison, nous laissant seuls profiter des réjouissances de sa fête. Penseuse, les voiles des femmes et le rythme du Bindir (talount) enveloppent ma rêverie et me font revivre ces moments intenses.

Tout a commencé 2 jours auparavant dans les montagnes arides de Tislan, au coeur du Souss Massa. A moitié dissimulée derrière des caftans et bijoux prêtés pour l’occasion, j’ai tenté de me faufiler et vivre les grands événements de ce mariage traditionnel Chleuh. Epaulée par Azma et Kaotar, je vous raconte aujourd’hui les quelques détails enivrants que j’ai pu vivre et récolter.

Le premier jour, après une poignée de baisers et de salutations, nous nous sommes rangées dans la cour intérieure où les femmes plus âgées et mariées s’affairaient au tri de l’orge en chantant. On appelle cela Afran. Les grains non comestibles ont ensuite été placés dans un panier, ce panier lui même placé sur la tête de Rkia, la seule soeur mariée de Abla, le Moulay (le marié). Sous l’orchestre de plusieurs « youyou » nous avons suivi la procession jusqu’au point d’eau. Les grains ont  alors été versés dans ce semblant de ruisseau non seulement pour empêcher leur utilisation par des personnes maléfiques mais également pour effectuer un appel à la pluie.  Voici donc comment, sous ces prospères auspices, a commencé cette aventure.  

Le reste de la journée s’est déroulée dans le chant et la danse; chaque pièce et recoin où l’on m’emmenait, j’y trouvais des femmes effectuant le Haj : il suffit de quelques instruments, un bindir (talount) et ganga (nakhouss), leurs voix ainsi que le rythme de leurs mains peintes d’henné pour éveiller les courbes et la sensualité des corps. Au milieu d’une ronde de chanteuses et musiciennes, les danseuses s’envoûtent quelques instants du plaisir de danser !

 

 

Pendant ce temps-là, au village de la mariée, on prépare son départ qui aura lieu le lendemain. Il s’agit d’oindre tout le corps de la jeune femme de henné, l’envelopper dans un lainage fin et nouer un talisman autour de son cou ou de son bras. La mariée est ensuite conduite dans le coin droit de sa chambre où elle restera jusqu’à l’arrivée de la famille de son mari.

C’est là que je l’ai trouvée et rencontrée pour la première fois lorsque nous sommes arrivés dans son village natal à Ait Baâmrane. Dehors le frère de la mariée continuait d’asperger les invités de parfum, les hommes chantaient et dansaient au rythme des tambours et un mouton attendait son sacrifice. Dans sa chambre, la mariée finissait de se préparer. Rkia lui ayant amené l’ukris, baluchon contenant les habits qu’elle doit porter lors de sa conduite au domicile conjugal, la rossa pouvait enfin s’apprêter au départ. On lui para les cheveux de henné*, khôl et basilic*, puis son père entoura sa tête d’un ruban qui lui couvrait les yeux et la vue. Pendant ce temps, chaque famille de son côté,  l’on continuait de danser, chanter et manger sous un autre soleil.

Il faisait nuit, la route était longue et tortueuse, la délégation est donc repartie vers Tislane, cette-fois ci accompagnée de la voiture de la mariée. Arrivés, les yeux étaient rivés sur le toit, on attendait le Moulay qui sitôt apparu lança du gros sel sur l’assistance et la voiture de la Rossa. Ainsi bombardée elle finit par sortir et être introduite dans sa nouvelle maison. A partir de ce moment-là on ne la vit plus jusqu’au lendemain après midi. Il semblerait qu’il soit de coutume que la mariée ne sorte de sa chambre seulement lorsque sa propre famille vient pour porter ses biens (meubles…), afin de les accueillir dignement.

 

Ninon

Ninon

Auteur

Passionnée d’écriture, de voyage et d’anthropologie j’ai tenté de réunir ces passions en ce même lieu : la gazette des anthroposages.
Ce site se donne pour mission de vulgariser l’anthropologie et d’utiliser ses outils pour la compréhension de l’actualité. Toutes les contributions d’ethnologues professionnels ou amateurs sont bienvenues, je les étudierai avec beaucoup d’attention !

Nous étions attablés ce soir-là lorsque l’époux fit irruption et nous aspergea d’eau de cologne avec un grand sourire. Suffocante à mon habitude je ne comprenais pas de suite la raison de son geste mais c’est un peu plus tard que l’on m’expliqua qu’il s’agissait de la discrétion Berbère pour montrer à toute la famille que la Rossa était bien vierge ou que du moins le marié était content de sa femme. Il semble que la procession du linge souillé du sang de la vierge n’est pas de coutume dans cette région et qu’elle soit même sujet de honte. Tard dans la nuit les hommes ont dansé l’Hawach, les visages heureux et comblés, habillés de leur magnifique djellaba immaculée et d’un poignard (L’kmit) en bandoulière.

 

Le dernier jour de la noce, nous nous sommes réveillés de bonne heure pour nous parer des habits traditionnels. Lourds colliers d’ambre, coiffes Berbères (l’mchbouh), bijoux incrustés de louban, boucles et adels…Le haj continue à battre son plein dans toutes les pièces de la maison et sous Agiton (la Khaima). En fin d’après midi l’excitation est à son comble : on annonce l’arrivée de la famille de la Rossa. Les parents et voisins de Abda se dirigent sur la route pour accueillir le cortège. La joyeuse troupe vibre de youyou, de poèmes et de couleurs comme à son habitude. On chante le bonheur de cette famille et enjoint les nouveaux alliés à admirer sa prospérité. Les frères, les sœurs et les proches de chacun des deux groupes se rencontrent au milieu de la route pour boire le lait et échanger fleurs, basilic ainsi que gâteaux. La dote de la mariée est enfin transférée au domicile conjugal et on part patiemment attendre l’arrivée du nouveau couple.

Tard dans la nuit les hommes ont dansé l’Hawach, les visages heureux et comblés, habillés de leur magnifique djellaba immaculée et d’un poignard (L’kmit) en bandoulière.

Après quelque temps, les deux jeunes mariés arrivent. Ils se prêtent au jeu des séances photos devant une prolifération de caméras puis échangent leurs bagues et le gâteau cérémoniel. J’en goûte une part me délectant de ce goût sucré comme je me délecte de la fête et nous nous avançons tard dans la nuit sous les notes endiablées du groupe Ait Lalwaz, originaire de Bouizakarne.

J’aurai profité de tout pour mon premier mariage Chleuh, sauf du thé que l’on m’a cordialement déconseillé sous prétexte qu’il contient une plante qui fait trop danser. Le retour à la réalité est difficile le lendemain, on m’offre une branche de basilic en guise d’au revoir et nous nous éclipsons sur les routes, souhaitant prospérité à ces deux nouveaux amoureux.

Ce récit fait évidemment foi de ma seule expérience; si les coutumes du mariage traditionnel Berbère vous intéressent, la thèse de Madame Souad Azizi « Cérémonies de Mariage en changement dans le Grand Agadir » saura éclairer de nombreux détails avec la précision d’une anthropologue.

* Le Henna et Le Basilic sont considérés dans le Souss comme deux plantes du paradis, auxquelles l’on attribut de nombreuses propriétés. On attribue au Henné  » des propriétés magiques, prophylactiques et thérapeutiques. Il est considéré comme une herbe du paradis et un véhicule de la baraka. C’est un accessoire important et omniprésent des rites de passage, à toutes les étapes du cycle de vie. En feuilles ou en pâte, il est utilisé comme accessoire de protection, de purification et de propitiation. Ainsi, on croit qu’il a la faculté d’éloigner les djinns et de neutraliser le mauvais oeil. On croit également qu’il éradique le « mal indéfini » (lbas), favorise la réussite matrimoniale et efface les péchés. C’est en vertu de toutes ses propriétés magiques que le henné est appliqué sur le corps de la mariée.  » Thèse Souad Azizi « Cérémonies de Mariage en Changement dans le Grand Agadir » p 124.

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