Mon terrain au Sénégal : permaculture et lutte contre l’exode des jeunes.

Mon terrain au Sénégal : permaculture et lutte contre l’exode des jeunes.

 Temps de lecture : 2 minutes

 

L’arrivée à Bindoula, ma rencontre avec les jeunes.

 

Je suis arrivée sur mon terrain ethnologique le 16 janvier en avion, par Banjul en Gambie.
Papis, le responsable de l’association Permakabadio est venu me chercher à l’aéroport. Nous avons pris la route jusqu’au village de Kabadio en Casamance (sud Sénégal). Je viens pour la seconde fois à Bindoula qui signifie « Lieu de la rencontre » en mandingue, l’une des langues vernaculaires de la région. Je reviens pour approfondir une recherche que j’avais débuté à la fin de l’année 2018. Il y a deux ans, préparant un voyage au Sénégal avec mon ami Souleymane, Benjamin, le président de Permakabadio me sollicita en tant qu’ethnologue, afin de venir réaliser des entretiens ethnographiques à Bindoula, avec des personnes qui étaient de retour d’exode.

D’un voyage personnel, cette première expérience en Afrique subsaharienne, se transformait en un véritable terrain ethnographique.
A mon arrivée à Bindoula, Papis me présente une partie de l’équipe de Permakabadio, dont cinq jeunes hommes et un homme plus âgé. Certains d’entre eux vivent actuellement de manière continue sur le lieu, d’autres y passent du temps sans y dormir chaque nuit. Ceux qui sont présents ce soir, m’accueillent et m’accompagnent jusqu’à la « maison de Jacques ». C’est ici que je vais dormir et pouvoir travailler sur mes livres et mon ordinateur, avec l’apport de l’électricité solaire.
Dans la nuit noire, à la lumière des téléphones portables, il m’est difficile de bien distinguer les visages que je ne connais pas encore, ainsi que de reconnaître les lieux. Je retrouve Sol que j’avais rencontré en 2018 et avec qui j’avais eu de nombreux échanges sur le jardin et la vie à Bindoula. C’est avec lui que je m’étais principalement initiée à la langue mandingue. Il me disait ne pas comprendre ceux qui veulent partir en Europe.

Je rencontre Dambo, Isamela, Kakoubo, Thierno et Daouda. Ils ne vivaient pas à Bindoula en 2018. Certains d’entre eux venaient participer à certaines tâches, ainsi qu’à la formation de permaculture et repartaient chez leur famille dans le village. Actuellement, chaque jour, ils s’occupent du lieu et le font vivre : constructions (chemin, bâtiments), jardinage, élevage (poules, oies, canards, lapins, chèvres, chien, singe), tâches quotidiennes (gestion de l’espace, cuisine, vaisselle, ménage, courses, linge, feu…).
Abou n’est pas là. Tombong non plus. Ils dormaient ici en 2018. Abou est parti au Maroc depuis octobre dernier. Il tente d’arriver jusqu’en Europe par la voie illégale, en passant par la méditerranée. Tombong est en Gambie – dont il est originaire – depuis près d’un an. Il ne revient pas dans l’association pour le moment.

 Ma rencontre avec les jeunes de Bindoula.

Pourquoi certains jeunes quittent-ils Kabadio ?

Cette question sonne le départ de mon enquête ethnographique. Si les facteurs qui poussent certains jeunes à partir du village peuvent être communs d’un individu à l’autre, les parcours de vie sont eux différents. Les données de terrain que je commence à recueillir depuis mon arrivée,
permettront au bout de l’enquête, de connaître d’un peu plus près les parcours à la fois individuels et collectifs des jeunes qui sont partis de Kabadio, ou qui projettent de le faire.

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La méthodologie de terrain

En vivant sur le lieu de ma recherche, en participant au quotidien des personnes au sein de Permakabadio, j’observe les dynamiques sociales à l’œuvre : discussions de groupe, interactions entre les individus, répartition et réalisation des tâches, place de l’individu dans le groupe, représentations mentales de la permaculture (ce qu’est pour eux la permaculture) etc… Cette méthodologie de terrain appelée « observation participante», me permet de créer des formes de proximité avec les personnes, de sorte qu’elles s’habituent à ma présence, qu’elles m’intègrent dans leur interactions et leur quotidien au maximum et qu’elles m’accordent leur confiance. Avec
l’apprentissage du mandingue, en plus de me permettre d’échanger avec les personnes dans leur langue, j’espère accéder petit à petit, à leurs univers de sens ainsi qu’à leurs rapports au monde.
Carnet de terrain et stylo en main, je note chaque jour des éléments qui m’apparaissent comme essentiels pour me permettre de comprendre les parcours de vie de chacun, les représentations de l’ailleurs (l’Europe, l’Amérique, l’Asie), de l’environnement proche, du quotidien et de tout ce qui lie les personnes à leurs cultures et à leur société mandingue, casaçaise, sénégalaise, africaine… je garde une trace de ce que l’on me dit, ce que je vois, ce que je comprends.
Le soir sur l’ordinateur, sur le bureau de ma chambre, j’écris encore pour ne rien oublier…
En recueillant des histoires de vie de personnes en proie à l’exode ou de retour d’exode, en mettant en lumière certaines réalités sociales vécues dans le village et au sein de l’association, l’un des objectifs est de permettre aux plus jeunes de connaître d’un peu plus près les expériences migratoires et associative de leurs aînés, et ainsi de faire circuler une parole qui n’est pas toujours partagées au sein des cercles d’interconnaissance : entourage, famille, ami.es…

Vous pouvez suivre l’avancée de mon terrain ethnologique sur la page facebook du projet (3) Ethno-Photo à Kabadio, Sénégal | Facebook et vous inscrire à la newsletter de la Gazette des Anthroposages pour lire mes prochaines articles.

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Jeanne

Jeanne

Auteur

Née à Lyon en 1989, je me suis formée à l’anthropologie sociale à l’université Lumière Lyon 2 de 2008 à 2013, ainsi qu’à l’EHESS de Paris (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales) de 2015 à 2017.
Au cours de mes études universitaires et jusqu’à aujourd’hui, j’ai réalisé différents terrains ethnologiques en lien avec diverses thématiques et territoires géographiques.

Sortie de l’université et de la recherche fondamentale depuis 2017, je cherche à apporter mes connaissances à des projets concrets. Intervenir dans des projets associatifs, humanitaires et culturels en
qualité d’ethnologue, me permet de mettre mon travail au service de causes défendues par des groupes d’acteurs : mémoires de l’esclavage et des luttes anticolonialiste et anticapitaliste (Ile de La Réunion) ; lien social et mixité sociale (Villeurbanne, Rhône Alpes) ; lutte contre l’exode des jeunes (Casamance, Sénégal).
J’inscris ainsi mon travail dans une forme de recherche-action.

Je travaille actuellement sur deux projets distincts. Depuis 2019, je réalise une recherche ethno-historique avec le CDNOI (Centre Dramatique National de l’Océan Indien) à La Réunion, au sein d’une équipe pluridisciplinaire (chercheurs en sciences humaines et acteurs culturels). Nous mettons en mémoire tout un pan de l’histoire post-coloniale de l’île des années 1960 aux années 1990, par la mise en lumière de
productions de musiques engagées et militantes dans des contextes socio-politiques de lutte. En parallèle, je
travaille sur la question de l’exode de jeunes dans la région de la Casamance au sein d’un projet d’entre-aide
et de tourisme qui lutte depuis 20 ans contre l’exode vers les villes d’une part, et l’Europe d’autre part, notamment à l’aide de la permaculture.

Les gilets jaunes de l’Antiquité ?

Les gilets jaunes de l’Antiquité ?

Les gilets jaunes de l’Antiquité ? Voici une question audacieuse traitée avec brio par l’Hydre aux mille têtes, une chaîne youtube qui s’intéresse aux révoltés de l’Histoire, aux utopies et aux modèles alternatifs de société. Cette fois-ci l’auteur nous parle des circoncellions, des groupes locaux qui reprennent les idées des donatistes pour mener une guérilla contre les autorités Catholiques, les Romains et les propriétaires terriens. Mais si, de prime abord, on peut se sentir proches de leur combat, l’Hydre à Mille têtes vous fera vite déchanter pour comprendre de manière plus subtile ce qu’il se cache derrière cette révolte.  Cliquez ici pour trouver le lien vers la vidéo. 

L'hydre à mille têtes

L'hydre à mille têtes

Chaîne youtube

L’Hydre aux mille têtes, c’est la métaphore de tous les révoltés du monde à travers l’Histoire, qui reviennent encore et toujours jusqu’à aujourd’hui tenir tête aux puissants… Mais la révolte peut prendre plusieurs formes et je m’intéresse à toutes les têtes de l’Hydre. Ainsi, les utopies, les modèles alternatifs de société ou de pans de la société, la déconstruction de certains mythes, tous ces aspects sont traités ici. Il s’agit donc d’une histoire par le bas, une histoire populaire. Cependant, cette approche n’est pas sans risque, elle peut être partielle ou partiale. C’est pourquoi j’attache beaucoup d’importance aux sources (toujours en description) et à la relecture des mes scripts effectuée autant que possible par des spécialistes. Cependant, si vous même relevez des précisions ou des corrections à apporter (sourcées évidemment), postez les en commentaire des vidéos concernées et si elles sont pertinentes, je les intégrerai aux descriptions.

Un monstre humain ? Livre de David Puaud

Un monstre humain ? Livre de David Puaud

David Puaud, 2018, « Un monstre humain ? Un anthropologue face à un crime « sans mobile » », La Découverte

Ecrit par Sarah Jousmet

Dans cet ouvrage étonnant à la couverture semblable à celle d’un roman policier, David Puaud apporte une analyse anthropologique au sinistre fait divers dont il est témoin lors de son activité d’éducateur de rue dans la ville de Châtellerault. Josué Ouvrard, l’un des jeunes qu’il suit en tant qu’éducateur, se voit inculper pour le meurtre extrêmement violent et sans mobile manifeste d’un auto-stoppeur de quarante-cinq ans. Les recherches qu’il expose dans ce livre résultent d’une enquête de terrain s’étendant sur une dizaine d’années durant lesquelles David Puaud travaillera autour de la question de la décontraction du tissu ouvrier pour son master à l’EEHSS, puis sur les enjeux symboliques et identitaires du procès d’accise lors de sa thèse.

L’auteur s’attele ici non pas à « analyser les conditions de production de la violence criminelle d’une partie de la jeunesse issue des quartiers populaires » mais à proposer, par le biais d’une rigoureuse ethnographie, une « reconstruction de la trajectoire sociale de Josué » afin d’essayer d’en saisir les mobiles, inexistant de prime abord, de ce « crime injustifiable ». C’est un livre émotionnellement chargé, la difficulté à lire l’horreur des actes commis par Josué et son complice est allégée par la syntaxe claire de l’auteur, qui rend l’ouvrage fluide et accessible, et cela sans en simplifier les problématiques qu’il soulève. L’élogieuse préface de Michel Agier laisse place à la narration du crime « monstrueux », David Puaud s’applique à retranscrire minutieusement les moments forts du procès dont il est également acteur. S’en suit une dense ethnographie du lieu de vie de Josué, la « galère ambiante » des quartiers ouvriers aux ethnies plurielles qui souffrent de la désindustrialisation du pays. L’auteur fournit un colossal travail de recherche sur la vie de Josué, un cercle familial violent, une exclusion sociale, un dialogue coupé avec des services sociaux qui contribuent à l’enfoncer dans une définition de cas social, sa marginalisation, le cercle de la violence… Conscient de la difficulté, voir de l’impossibilité de la tache, Puaud définit son enquête ethnographique de « légende » par « l’équivoque du fictif et du réel » qui s’y produit. Il va également s’intéresser à la réception de la macabre nouvelle dans les quartiers de Josué, le « spectre de la violence », la déshumanisation de celui-ci relayé au rang de monstre humain. En s’appuyant sur les travaux de Foucault, Puaud va s’intéresser au « rôle symbolique de la figure du monstre dans nos sociétés contemporaines ». Tout au long de cet ouvrage, l’auteur reste prudent sur son entreprise qui ne réside nullement dans l’intention d’excuser les actes de Josué par le biais de l’analyse anthropologique. Pour Puaud il s’agit de « comprendre sans juger » et non de « comprendre pour excuser » le parcours de Josué qui, si lugubre soit-il, est révélateur d’enjeux sociaux et culturels beaucoup plus vastes. Son oeuvre pousse le lecteur dans ses retranchements, repoussant les limites de l’affect, qui comme l’auteur, se voit partagé dans l’ambiguïté des sentiments que le sujet procure. L’attraction pour ce lugubre fait divers se heurte à l’épouvante et le rejet dans cet ouvrage ethnologique qui n’a pourtant rien du roman policier.

Le lien social dans un quartier populaire

Le lien social dans un quartier populaire

Jeanne Heurtault, jeune ethnologue,  vous propose un e-book traitant du lien social dans un quartier populaire en périphérie de Lyon. Ce travail est une commande de la part du Rize, une structure qui embauche des chercheur.es pour travailler sur les questions de mémoire dans Villeurbanne. « Ouvert au public en 2008, le Rize a pour vocation de transmettre un récit commun de la ville, construit à plusieurs voix à partir des archives, des mémoires des habitants et des travaux des chercheurs associés. En travaillant à faire connaître et reconnaître les cultures des Villeurbannais, le Rize contribue à la cohésion sociale : « faire société » à partir du partage des mémoires et de la compréhension du « vivre ensemble » dans les villes aujourd’hui.

Comme une passerelle entre le passé et le présent, entre le local et l’universel, le Rize aide à mieux comprendre la ville aujourd’hui et à imaginer celle de demain. »

Face à la montée de l’individualisme, ce travail et bien d’autres souhaitent trouver des solutions de mixité sociale en accord avec les habitants du quartier. Vous pouvez lire cette étude en cliquant sur ce lien

Faire la paix au Moyen Orient

Faire la paix au Moyen Orient

En France, le mois de novembre a de nouveau apporté son lot de drames et de violences inimaginables. Le meurtre de Samuel Paty ainsi que celui de 3 personnes dans une Eglise ont ravivé les polémiques quant à l’Islam pour certains, à l’extrémisme pour d’autres. La manière dont nous réagissons à ces atrocités me semble décisive pour la construction du monde de demain et il en va d’une réflexion importante, subtile, de ces mécanismes. Scott Atran déjà, ancien conseiller de Monsieur Obama lors de la guerre contre le terrorisme, proposait une toute autre approche du conflit (voir la vidéo ici) et c’est dans la lignée des ADR, les méthodes alternatives de conflit, que je souhaite situer cet article. Je vous propose de faire la lumière sur le travail de Monsieur Katcherian Meher, professeur doctorant à l’Université de Quebec qui nous parle de la solha, une méthode traditionnelle qui perdure au Proche-Orient; bien plus que la régulation des litiges ces rituels visent à rétablir l’harmonie au sein d’une société déchirée. J’emploierai le terme de « tribus » tout au long de l’article car c’est également le mot utilisé par Mr Meher, mais il faut rester conscient que, même si le tribalisme est une réalité politique dans certains pays, ce n’est pas le cas partout au Moyen Orient et cela méritera de plus amples explications dans un prochain papier si je trouve les informations nécessaires pour nuancer ce propos.

Ninon

Ninon

Le commentaire de l'auteur

Ce sujet est délicat car très peu d’informations existent sur internet et nombreux Libanais m’ont assuré que ces méthodes n’existent plus. Pourtant, d’autres me confirment la pratique toujours active de la solha. Je prépare donc actuellement un voyage au Liban, dans l’espoir de recueillir des informations quant à cette pratique aujourd’hui et faire une forme d’ethno-journalisme. En attendant, j’ai tenté de retransmettre au mieux les travaux de Monsieur Katcherian Meher.

Le Moyen Orient

Nous entendons à tout vent l’écho violent des crises au Moyen-Orient, de la Libye à la Palestine peu sont les pays épargnés par cette vision apocalyptique transmise à l’Occident. Sans vouloir nier les faits et la réalité en effet dramatique dans certains pays, je pense que les immenses ressources que les populations du Moyen-Orient ont pour « faire la paix » et maintenir une cohabitation ancestrale entre plusieurs confessions, n’est que trop peu éclairée. Je suis consciente que chaque pays a sa propre Histoire et nous nous pencherons sur les particularités dans d’autres articles. Mais, pour aujourd’hui, la thèse de Monsieur Katcherian Meher considère la solha comme une pratique partagée par certaines communautés Libanaises, Palestiniennes et Jordaniennes. C’est ce dont il sera l’objet dans cet article.

« Les ennemis d’aujourd’hui deviendront les frères de demain »

Le terme de tribu est employé par l’auteur dans son mémoire. A mon sens ce mot n’est pas péjoratif et reste une réalité politique dans certains pays. Toutefois on ne peut le généraliser à tous les pays du Moyen-Orient.

Anonyme

Pour bien comprendre le processus de la solha il est important de garder à l’esprit que les communautés dont on va parler, qu’elles soient de confession juive, maronite, druze ou musulmane ont toutes foi en un jugement dernier; ainsi la solha ne fait pas office de jugement des hommes par les hommes et n’a que pour but premier de restaurer une harmonie déchirée. Un autre détail à mettre bien au chaud pour les soirées d’hiver et de déprime : l’un des 90 noms d’Allah est « Al-Salam », celui qui croit et qui se soumet à Dieu est donc un serviteur de la paix. La religion est donc un pilier dans ce processus et reste une composante indispensable pour la paix ! Enfin, pour pouvoir aborder cet article sereinement il est important de prendre des distances, comme toujours en anthropologie, et garder dans un coin de la tête le fait que l’honneur est une composante principale des peuples arabes et surtout des peuples dits « tribaux ». La distinction entre la sphère publique et privée n’est pas la même que chez nous : si l’honneur d’un individu est atteint c’est une offense à toute la tribu qui est faite.

Honneur – Sharaf

Dans les milieux tribaux, il existe un code d’honneur, missak-al-sharaf, qui peut être rangé au même niveau que le code Napoléonien ou la Loi Islamique Shari’ah. C’est vous dire son importance. Selon l’anthropologue Katcherian Meher, le bien et le mal découle de cette composante principale et une action est jugée bonne lorsque son apport en honneur est positif, et ce quelles qu’en soient les conséquences. Cet honneur dégoulinant n’existe bien entendu pas que chez les peuples arabes, c’est également fortement le cas en Albanie (vous pouvez en lire un récit ici) .
Selon le concept de la loi du Talion, oeil pour oeil, dent pour dent, il est donc légitime, voire honorable, de venger un proche. En l’absence de solha rendue publiquement officielle, cette façon de faire est la seule honorable. Mais bien entendu ces maximes plongent les différents groupes dans un cycle de vengeances interminable.

Mais, alors que la vengeance est une valeur fondamentale et une question d’honneur, une autre de ces valeurs primordiales est le pardon. Plusieurs raisons peuvent motiver des tribus à demander la paix : l’intention peut venir de la tribu coupable qui ne veut pas entrer dans un cercle de représailles, parfois des médiateurs d’un camp se constituent spontanément pour cesser un cercle interminable de violence, parfois même la tribu victime demande un apaisement de la situation pour ne pas entraîner ses proches et ses descendants dans une vendetta interminable. Dans tous les cas un groupe de médiateur se constitue que l’on appelle jaha. C’est alors souvent le début d’une longue série d’allers-retour pour convaincre les deux parties des intérêts qu’ils ont à cesser la violence. Bien heureusement, comme l’honneur est un élément principal dans ces régions, les personnes ne peuvent pas décliner indéfiniment les tentatives de la jaha car cela serait déshonorant. D’autant plus que la jaha est souvent constituée de personnes hautement respectées, notamment des vieux sages à qui l’on donne crédit pour leur comportement et leur âge. La première rencontre se fait donc généralement entre les médiateurs et les personnalités importantes de chaque tribu (jusque là, pas trop de différence avec les accords de paix auxquels on est habitués en Occident). L’absence du coupable lui-même est primordiale et les jeunes membres sont évincés car on considère qu’ils sont trop enclins aux violences passionnelles. Cette étape a pour fonction principale de permettre aux premiers de faire leur devoir en présentant leurs condoléances à la famille de la victime. L’aveu de culpabilité et la demande de pardon doivent clairement être formulés, de manière publique, afin que la jaha puisse intervenir en faveur des coupables. Ensuite ont lieu les négociations, en milieu clos, qui ont la caractéristique particulière d’autoriser tout débordement syntaxique – autrement dit toutes les insultes sont permises. L’effet cathartique du théâtre romain à la mode Orientale ! Une fois les négociations tenues, on peut faire place au rituel ! Auparavant dans certaines régions le coupable pouvait se gausser d’être sorti d’affaire mais…dans d’autres tribus, notamment les communautés druzes et maronites, c’était un peu moins clair pour ce dernier. En effet le coupable était  tenu de ne pas se raser pendant toute la durée des négociations et, lors du rituel, il devait se faire raser par le chef de la tribu adverse. Lorsque le rasoir, dans la main du zaïm, atteignait le cou du coupable, les membres de la jaha prononçaient une formule qui pourrait être traduite comme suit : « tranche lui la gorge et nettoie ton coeur avec son sang ou alors pardonne lui à jamais en l’acceptant comme ton propre fils… son père sera ton frère. » Bien que cela était très rare, il était alors légitime de prendre la vie du coupable si le chef de la tribu le jugeait nécessaire pour assouvir son besoin de justice et celui de ses proches. Dans d’autres endroits c’était, et c’est encore d’après Katcherian Meher, largement plus soft : si les négociations ont été scellées, le coupable n’a plus de souci à se faire. Le coupable est encerclé par la jaha et au-dessus de lui flotte un drapeau blanc noué, les membres des deux tribus se serrent ensuite la main puis partagent repas et café. Une forme de potlach en quelque sorte.

 

Cette valeur du pardon est principalement fondée sur le besoin et la conscience que le seul Etat valorisable d’une société est un Etat de paix et qu’en cela il est vu comme nécessaire de réintégrer le « coupable » pour rétablir l’harmonie des relations sociales. La situation de conflit est considérée comme une anomalie et en ce sens il faut aller vers sa résolution. La solha cherche donc à changer les relations avec Autrui mais également la perception que l’on a de cet Autre. Pour nous Occidentaux il est quasiment inconcevable d’imaginer pardonner le meurtrier de quelqu’un de notre famille. C’est là qu’entre en scène…la religion ! En Islam par exemple, le texte sacré inclut tout un code éthique qui permet de mettre en avant l’honneur de la personne qui saura être magnanime, qui saura privilégier la paix à la vengeance.

« Living in peace is not, a sign of weakness, but a sign of strength. On the
contrary, going to war is a sign of weakness. Asking for peace is not
tendering a lower hand to an upper hand, but tendering an upper hand to
raise the lower hand, in order to have two equal partners. Peace requires
modesty and humility, not arrogance and false pride, nor power with
arrogance. » Hanafi.

Le désir de paix n’est pas l’apanage de l’Islam et des milliers de Druzes ou de Maronites continuent de pratiquer la solha avec un code d’honneur fort et un désir d’harmonie sociale. La shahama (magnanimité) est l’une des plus grandes expressions du sharaf, c’est à dire l’honneur dans la culture du Moyen Orient.

 

Solha et Justice actuelle

Bien entendu aujourd’hui il est impensable de boire un café avec un tueur sans que celui-ci ne soit passé par la justice telle qu’on la connaît. Mais malgré tout la solha continue d’officier sous le manteau et est un élément rituel majeur dans ces régions. Souvent aujourd’hui, les protagonistes demandent aux autorités le relâchement du coupable le temps d’une journée, afin que le rituel puisse se clôturer et s’effectuer, sans quoi la paix serait compromise. (NB : c’est en tout cas ce que soutient l’auteur du mémoire, en citant notamment un acteur de la solha en Palestine du nom de Elias Jabbour. Toutefois, je n’ai pas encore réussi à avoir la confirmation que la solha se perpétue dans ces régions; au Liban notamment la plupart des personnes interrogées me soutiennent que ces pratiques ont disparu.)
J’ai voulu recenser quelques points qui soulignent la grande différence entre la solha et notre justice actuelle, mais également les points communs :

⦁ Les membres de la jaha mettent en jeu leur honneur dans la résolution de ce conflit et doivent, en quelque sorte, être intéressés par l’issue de ce dernier. Le médiateur vit dans la communauté, à l’inverse des juges actuels qui doivent faire preuve d’impartialité. Les différents mécanismes et capacités déployés par les médiateurs sont ainsi conçus dans une visée qui va bien au-delà du simple arbitrage (tel qu’entendu par les approches d’origine occidentale) ou du simple règlement de litige (tel que traité par les tribunaux) Ainsi, l’impartialité, concept fondamental de la médiation occidentale,  n’existe pas pour la jaha ; bien au contraire, celle-ci doit être pleinement impliquée, voire intéressée, par l’issue du conflit.

⦁ Si le processus de réconciliation échoue, la jaha en est tenue pour responsable et c’est donc l’honneur, la réputation et crédibilité de chaque membre qui est en jeu. Par un jeu subtil, cet engagement corps et âme de la part des médiateurs est l’un des facteurs les plus importants pour la solha : en effet, les membres les plus influents de la société qui constituent la jaha mettent en jeu leur honneur et cela crée une situation de renversement en faveur de la famille lésée, ce qui balance fortement le sentiment d’humiliation que ces derniers pourraient ressentir autrement. Si le processus de réconciliation échoue, la jaha en est tenue pour responsable et c’est donc l’honneur, la réputation et crédibilité de chaque membre qui est en jeu. Par un jeu subtil, cet engagement corps et âme de la part des médiateurs est l’un des facteurs les plus importants pour la solha : en effet, les membres les plus influents de la société qui constituent la jaha mettent en jeu leur honneur et cela crée une situation de renversement en faveur de la famille lésée, ce qui balance fortement le sentiment d’humiliation que ces derniers pourraient ressentir autrement. 

⦁ Plusieurs manières didactiques sont utilisées pour arriver à un consensus : évincer certaines personnes qui pourraient raviver des points très sensibles et faire de la provocation, parler en tête à tête avec certains acteurs nécessaires à la réconciliation pour faire valoir leurs avantages à retrouver la paix et parler de détails qui pourraient être embarrassants s’ils étaient évoqués publiquement, puis la menace de sanction de la part des notables envers ceux qui pourraient être contre le processus de réconciliation.

 

Et concrètement ?

La première histoire dont nous parle Katcherian Meher est celle d’un conflit ethnique et religieux au Ghana, entre les Konkombas un peuple d’agriculteurs non organisés et les Dagombas, une communauté hiérarchisée avec une chefferie. Entre problèmes de partages territoriaux, dissensions électorales et la conversion par les Konkombas au Christianisme alors que les Dagombas ont préféré l’Islam, il y avait tout un panel de conflits qui ont failli faire basculer le pays dans la guerre civile, suite à des massacres et des cycles de vengeance. Un groupe de femmes s’est constitué comme médiatrices, pour réunir le chef des Dagombas et un jeune représentant Konkombas, ce qui a donné lieu à une paix toute relative et toutefois fragile.
Quelque chose de semblable se serait passé apparemment, grâce à un groupe de médiatrices, dans la région du Wajir au Kénya, menan à la réinsertion professionnelle et sociale des jeunes qui s’étaient engagés dans les combats.
Le troisième cas de figure met en jeu un groupe de paysans colombiens (Rio
Carare) qui cherchaient à vivre en paix sans être mêlé aux violences qui opposaient les
différents groupes armés avoisinants qui leur demandaient allégeance. Ce groupe de
pacifistes forma une association de paysans réunis autour d’un principe fondamental :
« We shall die before we kill.» Le mécanisme qui leur permit d’arriver à leur fin était d’organiser des rencontres en tête à tête avec les chefs militaires, s’assurant ainsi d’échapper aux diverses dynamiques de groupes et pressions institutionnelles qui auraient pu faire échouer le dialogue.
Finalement, la quatrième et dernière histoire se déroule au Tajikistan. A la chute
de l’Union Soviétique, ce pays d’Asie centrale s’est retrouvé dans une phase de transition complexe qui dégénéra très vite en guerre civile. Le pouvoir militaire était alors divisé en plusieurs factions : néo-communiste, islamiste ainsi que divers clans armés. Bien que les différents chefs fussent tout d’abord réticent à entamer le dialogue, un professeur de philosophie réussit à les convaincre de se réunir et de discuter d’un avenir commun. Suite
à maintes péripéties, ce processus aboutit à la tenue d’élections ainsi qu’à la formation
d’un gouvernement d’union nationale où toutes les factions étaient représentées. En effet, tel que le note le journaliste Ahmed Rashid, « Tajikistan is the only country in the region to have ended a brutal civil war with the creation of a coalition government that included islamiscists, neo-communists, and clan leaders.»

Conclusion

 

Evidemment, la paix est le dessein de la plupart des êtres humains sur cette terre mais la réalité géopolitique est souvent bien plus compliquée que ce simple voeu. La solha est intéressante en ce sens qu’elle est un complément à la Justice actuelle et répond à des besoins différents des besoins « Occidentaux ». 

Ainsi la solha tire son étonnante longévité et efficacité de la foi que chaque communauté a envers le jugement dernier. Il ne s’agit pas de juger les uns ou les autres car cela revient à dieu, mais il s’agit surtout de rétablir une harmonie brisée au sein de la société et retrouver un Etat de paix.
Comme le dit Anthony Giddens, en substance, les rituels sont cruciaux à la fois pour le bien-être émotionnel de l’individu mais également pour l’intégration sociale. Au Liban, comme le montre George Irani ou encore Lorita Haddad dont je vous partagerai bientôt le travail, une frustration persiste à travers l’amnésie imposée par les accords de paix et l’absence de rituel de réconciliation complique la réalité politique du pays.


A mon sens des zones d’ombres persistent dans le travail de Katcherian Meher. Il semble qu’on parle ici de crimes effectués dans le cadre de conflits entre deux « familles », mais il n’est pas fait mention de crimes abjectes et irraisonnés. Cela veut-il dire que les serial killer n’existaient pas dans ces sociétés et que c’est nous qui les avons créés ? Mystère et boule de gomme. De plus, il ne fait aucune distinction entre les tribus Jordaniennes, Palestiniennes ou Libanaises et l’absence de réflexion géopolitique amenuise l’efficience de son travail.

Un autre article fera prochainement référence à la transformation et l’évolution de rituels de paix autrefois inhumains. J’aimerais également écrire des articles par pays, pour ne pas mettre chaque particularisme dans un même sac et me rendre au Moyen-Orient pour confirmer mes lectures, mais cela demande un investissement que je n’ai pas encore. Je vous invite à lire le mémoire de Monsieur Katcherian Meher si vous le souhaitez en cliquant sur ce lien.

Ici se trouve la photo de George Irani, éminence de la recherche en technique de paix, Libanais et grand optimiste : L’Orient-LeJour a écrit un très bel article à son propos à lire ici

George Irani

Professeur en politique, médiateur et chercheur en PAIX

Violée

Violée

Cette année 2020, lors du procès de Mariana Ferrer, la justice Brésilienne invente un nouveau terme « estupro culposo » soit « viol sans intention ». Selon le procureur en charge du procès, l’accusé ne pouvait pas savoir que la victime n’était pas en état de consentement. Il aurait donc violé la jeune femme sans en avoir l’intention. Ainsi l’accusé est libéré de toute charge et la victime laissée béate.

Face à cette grossièreté juridique je me suis interrogée et ai tenté de comprendre les mécanismes des violences envers les femmes au Brésil. Deux articles ont particulièrement attiré mon attention, qui traitent du genre mais essentiellement du racisme. Je ne suis pas certaine que la couleur de Mariana Ferrer joue un rôle décisif dans le procès, mais c’est une piste envisageable. Nous verrons à travers ces articles que l’héritage colonial et le poids de l’esclavagisme pèse encore lourd dans l’inconscient subjectif au Brésil.

Ninon

Ninon

Auteur

Passionnée d’écriture, de voyage et d’anthropologie j’ai tenté de réunir ces passions en ce même lieu : la gazette des anthroposages.
Ce site se donne pour mission de vulgariser l’anthropologie et d’utiliser ses outils pour la compréhension de l’actualité. Toutes les contributions d’ethnologues professionnels ou amateurs sont bienvenues, je les étudierai avec beaucoup d’attention !

Une société métisse

Un premier élément de réponse se profile à travers l’étude de Valeria Ribeiro Corossacz « Dénoncer la violence. Silences et prise de parole autour du harcèlement sexuel envers les travailleuses domestiques au Brésil « .
Une valorisation du métissage dans le discours dominant semblerait légitimer les relations sexuelles imposées par les maîtres européens envers les femmes d’origine africaine. Dans l’exégèse de l’identité nationale c’est grâce à cela que la société Brésilienne est aujourd’hui métisse et doit continuer à l’être.
La situation économique des travailleuses domestiques souligne également l’idée selon laquelle les employeurs peuvent faire un usage illimité du corps des employées : le Brésil est l’un des pays d’Amérique Latine à avoir mis en place les mesures législatives les plus avancées pour favoriser l’égalité de ces travailleuses domestiques mais leur salaire reste inférieur de 60% à celui des autres travailleurs !
De plus la culture populaire médiatique (telenovelas) reflète l’image d’une travailleuse séductrice qui consentirait subtilement à ce jeu avec l’homme blanc, employeur. Dans l’article de V.Ribeiro la position de l’épouse et maîtresse de maison est souvent celle de protectrice de son mari, qui ne croit généralement pas les paroles de l’employée et pense que c’est cette dernière qui a provoqué l’homme.

 » Ce type de renversement, qui n’est pas spécifique au contexte brésilien
mais qui est récurrent dans plusieurs situations de viol ou harcèlements vécues par les femmes, permet de produire l’idée qu’au fond, la femme aurait consenti, ou qu’elle aurait pu se dérober, « elle n’aurait pas dû se faire violer » (Mathieu 1991: 149).  » (V.Riberiro, 2020 : page 7 dans « Dénoncer la violence. Silences et prise de parole autour du harcèlement sexuel envers les travailleuses domestiques au Brésil « . )

Valeria Ribeiro Corossacz

La décrédibilisation de la parole de la femme et l’accusation de ses tentatives de séduction nous renvoient directement à la vidéo du cas de Mariana Ferrer, où l’ont voit clairement le procès d’une jeune femme établi par 4 hommes blancs : à voir ici. Ainsi, comme l’écrit une journaliste dans un édito d’El Pais Brasil « la peur de l’intimidation les rend muettes ».

V.Ribeiro conclut que le silence reste la seule arme pour ces employées et qu’aucun recours auprès de la justice ne semble prometteur pour elles. « Ce choix signifierait rendre publique la violence, subir la stigmatisation qui lui est associée, tout cela pour une probabilité très basse d’obtenir une victoire judiciaire. » (V.Riberiro, 2020 : 8) Le cas récent de Marianna Ferrer, qui n’est pas travailleuse domestique mais reste sûrement stigmatisée de par son genre et sa couleur, vient appuyer cette dédramatisation de la violence envers le corps des femmes et plus précisément des femmes de couleur au Brésil.

 

 

LMP (La Loi Maria da Penha)

« La LMP est le fruit d’une lutte historique des mouvements féministes et de l’effort collectif d’organismes publics brésiliens et internationaux. Elle est devenue une référence internationale sur les questions de violence faite aux femmes. » La loi LMP soulève une question cruciale : pourquoi et comment cette loi a-t-elle eu des effets drastiques sur les violences faites aux femmes blanches tout en augmentant parallèlement les crimes envers les femmes noires ? Pourquoi, alors que cette loi fait appel à des catégories universelles comme « la femme », les femmes noires subissent encore plus de dommages ?

Ce n’est visiblement pas un plan délibéré de la part de féministes blanches qui se désolent tout autant de ce résultat plus que contrasté…Des études permettent de comprendre l’augmentation de la violence « raciste » et « genrée », dont l’article de Márcia Nina Bernardes La race de la violence de genre : analyse de la loi brésilienne contre la violence domestique.
Selon la chercheuse et théoricienne féministe, la loi LMP aurait provoqué une augmentation des violences contre les femmes noires car, dans l’imaginaire collectif, ces dernières ne correspondraient pas au stéréotype accepté de « la femme » et la loi ne s’appliquerait donc pas à leur cas. Selon Maria Lugones, une autre théoricienne féministe, dans son article « Vers un féminisme décolonial », la classification coloniale entre humains et non-humains aurait encore des répercussions aujourd’hui. En effet pour Lugones, seuls les colonisateurs avaient un genre, les colonisés eux étant jetés dans une définition sémantique vague et non-genrée. Il est notamment notable de constater que lorsque les femmes blanches appelaient dans la rue leur droit au travail, les femmes noires ou indigènes travaillaient depuis des décennies dans les champs, les exploitations coloniales ou les rues. La femme de couleur n’aurait donc jamais subi ces stéréotypes d’impératif de chasteté, de fragilité et de confinement à la maison comme l’histoire des femmes blanches. L’imaginaire fait alors de ces femmes noires des « mulâtresses », travailleuses infatigables et fortes physiquement. Tout l’inverse du canon de la fragilité féminine, incorporé dans le terme universel « la femme », encore très présent dans les mentalités patriarcales Brésiliennes.

« … nous [femmes noires] faisons partie d’un contingent de femmes, probablement majoritaire, qui (…) n’ont rien compris quand les féministes se sont mises à dire que les femmes devaient sortir dans les rues et travailler ! ».

Sueli Carneiro

Conclusion

Ainsi le féminisme, fort de certaines avancées au Brésil, semble encore faible face aux subtilités de la société post-coloniale, métisse et complexe. Les questions de genre ne sauraient se clarifier sans une compréhension détaillée du racisme structurel. Nous pouvons toutefois nous rassurer de voir une telle couverture médiatique de l’affaire et l’effarement palpable de certaines institutions juridiques et Etatiques. Le juge ainsi que l’avocat de l’agent des footableurs (accusé) vont tous deux faire l’objet d’enquêtes. En attente de la suite…